C'était vraiment de la connerie ces histoires de vampire, de canines démesurées plantées dans les gorges des femmes pour s'abreuver de leur sang, vivre éternellement tout en craignant les gousses d'ail ! Tout cela n'était que jaillissement d'hémoglobine pour petites minettes en mal de sensations fortes, et qui, dans le noir de la salle de cinéma, s'agrippaient au bras de leur petit copain, tandis que ceux-ci, pour montrer leur protection de mâââles, les entouraient de leurs bras, pour mieux tripoter leurs poitrines opulentes.... Et plus si passivité...
C'est ce que pensait Pamela qui avait décidé de faire son mémoire de fin d'études de psychologie sur le phénomène des vampires, et surtout sur l'amour de certaines femmes pour ce genre de film. Elle avait dû se rendre dans les salles obscures des quartiers éloignés, là où l'on projetait encore les films des années 60 comme : "Blood of the virgin", "Kiss of the vampire ou " le vampire a soif". Il lui fallait un certain courage pour affronter ces lieux au public interlope. Son coeur battait parfois la chamade et elle occupait toujours le fauteuil en bord de rangée, afin ne pouvoir réagir rapidement à la moindre difficulté.
Ce jour là on projetait "Die Schlangengrube und das Pendel" (Le Vampire et le sang des vierges) de Harald REINL, elle dut reconnaître que le sujet était cette fois traité avec moins de bêtises que d'habitude. De là à dire qu'elle se passionnait, ce serait exagéré. Disons qu'elle accordait une pointe d'intérêt plus important que les autres fois. Dès lors, elle ne prit pas attention à l'homme qui s'était assis juste derrière elle sans faire de bruit. Si elle avait su... Elle aurait changé de place...
C'est le soir qu'elle remarqua la marque et se deshabillant devant son miroir. Pas grand chose. juste un point rouge, à la base du cou, comme une piqure d'épingle. Un insecte sans doute. Ou l'une de ces araignées qui s'infiltrent sans qu'on s'en rendre compte.
C'est dans la nuit que les démangeaisons commencèrent. Au réveil elle eut quelques vertiges. Après la douche, elle réalisa que le petit point rouge s'était agrandi et avait pris les contours d'une sorte de coquillage.
C'est probablement de l'anémie, décréta le docteur qu'elle venait de consulter tant elle se sentait faible. Le médecin avait fait une remarque sur le curieux tatouage qu'elle portait au bas du cou. Ce n'est pas un tatouage avait-elle dit. C'est une tâche qui est apparue il y a quelque temps. Le médecin avait regardé de plus près. Perplexe. Curieux avait-il marmonné. Vous devriez voir un dermatologue. Et il rédigea une ordonnance pour un confrère.
Pamela était heureuse ce soir-là. Elle venait d'achever la conclusion de son mémoire. Il n'y avait plus qu'à porter la clé USB au secrétariat de l'université pour assurer l'impression définitive. Elle se dirigea en chantonnant vers la porte palière de l'appartement pour ouvrir à François qui venait de sonner. Une belle soirée en perspective !
Ce n'était pas François. Mais un homme entre deux âges, assez élégant. Il semblait débarquer d'une autre époque. Ses habits, on aurait dit un déguisement. Il était très souriant, très attirant même quelque part...
Plutôt que de plonger les yeux dans son regard... Elle aurait dû se questionner sur la raison pour laquelle il avait les mains dans le dos...
(à suivre....)
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Le mémoire de fin d'études. (partie 2)
- " Alors, vous aussi vous vous intéressez aux vampires ?", déclara Pamela à l'inconnu. Elle se demandait encore pourquoi elle se retrouvait à lui offrir à boire, elle si méfiante d'habitude avec les gens qu'elle ne connaissait pas. Il avait réussi à entrer chez elle si naturellement, presque comme s'il était chez lui. Certes, son charme était indéniable dans ses habits désuets, mais de là à lui offrir l'apéritif... Elle ne se reconnaissait plus. Elle laissait tomber ses défenses, se retrouver sans arme. Quoi qu'il en soit, le risque n'était pas bien grand. François allait arriver d'un instant à l'autre. Mais voilà, François se faisait attendre...
- " Avez-vous vu: Des Filles pour un vampire de Piero REGNOLI, sorti en 1962, et dont le titre original est : L'ultima preda del vampiro ?, demanda l'inconnu avec une voix étrange. C'est un scénario intéressant. L'action ne se déroule pas au fond d'une sombre forêt ou dans un château antédiluvien des Carpathes, mais dans une grande ville très ordinaire. Pour une fois les filles victimes du vampire ne sont pas des naïves qui ne voient pas le danger venir. Ce sont des femmes cultivées, qui ont fait des études, à qui on ne la fait pas habituellement. Cependant, elles finiront victimes... Avez-vous rencontré ce genre de femmes dans le cadre de votre recherche pour votre mémoire ?
Disant cela, il saisit le mémoire posé sur le coin de la table basse du salon et commença à le feuilleter, sans véritablement s'y arrêter, comme si tout cela n'avait guère d'importance, n'était en somme qu'un prétexte. Pamela observa un léger tremblement dans ses mains. Les veines du dessus étaient très voyantes. On aurait dit un homme âgé. Elle n'avait pas remarqué cela auparavant. Voyant son léger trouble, l'inconnu reposa le manuscrit et mis les mains dans ses poches. En même temps il lui adressa un sourire tellement merveilleux qu'elle en tomba presque sous le charme, sans que pour autant son trouble ne cesse, et que quelques vertiges, dus à l'apéritif sans doute, ne viennent à nouveau embrumer quelque peu son esprit.
Tout à coup, l'inconnu se leva du canapé profond avec une vitesse et une précipitation étonnante.
- Bien, dit-il, je ne vais pas vous importuner plus longtemps.
Pamela ressentit un soulagement soudain en entendant cette phrase. Elle désirait qu'il s'en aille maintenant. Vite. Mais que faisait François ? Pourquoi n'était-il pas encore là ?
- Avant de partir, je voulais vous poser une question : connaissez-vous l'épingle du vampire ? Avez-vous eu l'occasion d'en voir une ? Et dans le même temps l'inconnu sorti vivement de sa poche une longue et fine épingle qui ressemblait à une aiguille creuse de chirurgie, mais, à l'une de ses extrémités, elle était sertie d'éclats de diamants aux reflets vifs. Cela aurait pu faire un parfait bijou des années 50. Pamela se souvient avoir vu quelque chose de ressemblant sur un manteau d'Astrakhan de sa grand-mère.
Pamela s'approcha pour mieux voir ce bijou ancien. L'inconnu eut un geste vif. Elle ne se souvient plus de la suite.
(À suivre...)
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Le mémoire de fin d'études. (partie 3 - fin)
- "Qu'est-ce que c'est que tout ce boucan !", tonnait le voisin de palier, tandis que François, très énervé, continuait à donner des coups de poings sur la porte d'entrée de l'appartement de Pamela.
- " Pamela ! Ouvre moi ! Je sais que tu es là !, criait-il à travers la porte.
- " écoutez, mon petit Monsieur, gronda le voisin en sortant sur le palier, si votre petite amie ne veut pas vous ouvrir c'est son droit, laissez la tranquille !.
Puis, comme s'adressant à la porte, il ajouta : " je suis là, Mlle Pamela, ne vous inquiétez pas, je vais raisonner ce petit imbécile de ne plus vous importuner."
Entre-temps, François continuait à rappeler le portable de Pamela : " bonjour, je ne peux pas vous répondre, laissez-moi un message, je rappellerai..."
L'autre voisin venait lui aussi de sortir sur le palier. Exaspéré. : " je travaille tôt moi demain, je ne suis pas une faignasse d'étudiant qui rompille jusqu'à midi. Alors vous allez vous barrer vite fait, sinon j'appelle les keufs, ils vont vous faire dégager !"
Il s'en fallut de peu que les trois hommes n'en viennent aux mains.
Il fallut toute la diplomatie de M. Michelet, descendue de l'étage du dessus, pour enfin réussi à calmer le jeu. François était persuadé qu'il était arrivé quelque chose de Pamela. Il expliqua : sa mauvaise santé, sa fatigue d'avoir passé des nuits pour travailler son mémoire, son anémie et sa faiblesse.
Revenu à de meilleurs sentiments, chacun fut convaincu qu'il fallait faire quelque chose... Mais quoi !
On ne pouvait quand même pas enfoncer la porte ! Et mêler les flics à tous cela compliquerait bien des choses.
On vit alors revenir M. Michelet avec un étrange trousseau de clés et des instruments bizarres. Il se mit à crocheter la porte comme un professionnel du cambriolage... Les autres le regardaient, ébahis. M. Michelet balbutia : " un matériel de jeunesse... Du temps de quelques bêtises... Mais je n'ai pas pu m'en séparer..."
La serrure ne résista pas longtemps, preuve s'il en est de la fragilité de nos protections contre les cambriolages.
Un grand silence se fit. Comme si tout à coup on venait d'ouvrir une chambre mortuaire. Chacun ressentit une sorte de frisson le parcourir. Même François n'osait faire un pas pour rentrer. C'est d'une voix timide et presque tremblante qu'il dit : " Pamela ? Tu es là ?"
Les autres échangeaient des regards surpris, presque apeurés, comme s'ils réalisaient à l'instant qu'entrer dans cet appartement les feraient basculer dans un autre monde.
François répéta dans un souffle : " Pamela ? Tu es là ?"
Personne n'osait s'avancer, tandis qu'une odeur bizarre atteignait leurs narines.
Comme une odeur de mort.
Je ne sais pas pourquoi je vous raconte cette histoire aujourd'hui. Peut-être parce que j'ai revu François il y a peu de temps. Il n'est plus le même homme. Après toutes ces années, je sais qu'il pense encore à Pamela. Il l'espère toujours. Elle reviendra sûrement. C'est fatal. On ne disparaît pas comme ça. On finit par donner des nouvelles.
Il a gardé le mémoire de fin d'études de Pamela. Il ne fut jamais remis à l'Université.
Pamela était adulte. La police ne fait guère de recherche sur les adultes disparus.
Il y en a tellement.
